Paola Sibona Gavard

Photographe – Photoreporter

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Cette photo de devrait pas exister

Oui, si j’avais écouté la raison, je n’aurais pas déclenché : les conditions météo étaient exécrables, le lumière insuffisante, le sujet loin, noir, sur un fond relativement sombre. En ce jour de mai 2025 je découvrais le Alto Tajo, au centre de l’Espagne dans le cadre de mon premier reportage « Retour vers le futur » : l’objectif était…


Oui, si j’avais écouté la raison, je n’aurais pas déclenché : les conditions météo étaient exécrables, le lumière insuffisante, le sujet loin, noir, sur un fond relativement sombre.

En ce jour de mai 2025 je découvrais le Alto Tajo, au centre de l’Espagne dans le cadre de mon premier reportage « Retour vers le futur » : l’objectif était de réaliser des images des chevaux Serrano et de Przewalski, et donc des Tauros qui ont été introduits dans le cadre d’une initiative de réensauvagement.
Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, puisqu’ils sont dispersés sur une surface de 1200 ha !
Et les averses répétées ne laissaient pas présager des observations faciles.

Mais parfois la chance joue en faveur des débutants, et voilà qu’un troupeau de taurus apparaît près de la route. Alors je décide de prendre quelques clichés, question d’assurer, fascinée par ces grands bovins qui rappellent tant les peintures rupestres.
Vite un problème se pose : même depuis l’intérieur de mon van, la pluie arrose mon objectif (oui, le 200-800 mm de chez Canon qui a essoré mes économies!) et je me demande quel résultat je peux bien obtenir.

Ce taureau de taurus a pourtant une prestance, une attitude si stoïque face aux intempéries, que j’appuie sur le déclencheur, non sans régler ma vitesse sur 1/1000 pour figer (mais pas trop) les gouttes de pluie.

Cette photo trouvera donc une petite place dans la première version du reportage, mais je ne suis pas du tout convaincue de sa valeur.
Ce sera Marie Daniel, directrice de l’IFFCAM où je suis en formation, qui me motivera à lui donner plus d’importance, à reconnaître sa force évocatrice d’un animal à toute épreuve.
Et voilà que cette photo occupe une double page dans la version définitive et qui a même été choisie pour représenter notre formation lors du Festival International du Film Ornithologique de Ménigoute 2025 !

J’ai donc appris deux choses : toujours appuyer sur le déclencheur, même si sur le moment les conditions ne paraissent pas idéales (écouter plutôt son instinct que son cerveau) et faire confiance au regard des autres (qui ont du recul par rapport à la photo et les conditions de prise de vue).

Avez-vous déjà vécu une situation similaire ?


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